Pages à lire dans son Guide des Biographes, être écrivain passeur de mémoire aujourd'hui..: «Année 2005, le romancier new-yorkais Paul Auster invente les auteurs-biographes pour anonymes»

 

       Des plumes pour « gens ordinaires »…

              On ne pouvait trouver meilleure représentation que la sienne pour souligner ces lignes sur les auteurs au secret ou pour ceux dont on peut tout de même lire le patronyme en couverture. Paul Auster eut une idée pionnière en publiant que des « romanciers désargentés, anciens journalistes, universitaires sans emploi…», pourraient écrire pour un public méconnu.

En ouvrant une voie sur des pistes inexploitées qu’il qualifie d’incongrues, Paul Auster ne prévoyait probablement pas que certains d’entre eux rentreraient dans l’écriture clandestine. Après la publication d’« Oracle Night », en 2005 il sera le seul à lancer le concept des biographes pour « gens ordinaires ». Ce sera par le truchement de deux de ses personnages dans « Brooklyn folie ». De Tom notamment qui vient de lâcher son Doctorat en Littérature. Pour quelle raison ne se chargerait-il pas de rédiger la vie des autres ?

Voici ce qu’il en dit dans ce passage extrait de son roman[1]« Brooklyn folie » chez Actes Sud, en aperçu :

 « [] Mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ? La plupart des vies disparaissent. Quelqu’un meurt et, petit à petit, toutes traces de sa vie s’effacent. Un inventeur survit dans ses inventions, un architecte dans ses immeubles mais la majorité des gens ne laissent derrière eux ni monument ni réalisation durable : une série d’albums photo, un bulletin scolaire de cinquième primaire, un trophée gagné au bowling, un cendrier piqué dans une chambre d’hôtel en Floride le dernier jour de vacances quasiment oubliées. Quelques objets, quelques documents, quelques impressions vagues conservées par des tiers. Ceux-là ont invariablement des histoires à raconter à propos du défunt, mais le plus souvent en mêlant les dates, en oubliant des événements, et la vérité en sort de plus en plus déformée et quand ces gens-là meurent à leur tour, presque toutes leurs histoires s’en vont avec eux. [] Sauvegarder les histoires, les événements et les documents avant qu’ils ne s’évanouissent et leur donner la forme d’un récit continu, le récit d’une vie. [] J’imaginais que je les écrirais moi-même mais, si la demande devenait trop importante, je pourrais toujours me faire aider par d’autres auteurs : poètes et romanciers désargentés, anciens journalistes, universitaires sans emploi, voire, peut-être, par Tom.

Le coût de la rédaction et de la publication de tels livres serait considérable mais je ne voulais pas que mes biographies deviennent un privilège accessible seulement aux riches []. Étais-je fou de rêver que je pourrais faire quelque chose de ce projet incongru ? Je ne le pensais pas. Quelle jeune femme n’aimerait pas lire la biographie véridique de son père - même si ce père n’avait été qu’un ouvrier d’usine ou le sous-directeur d’une banque rurale ? Quelle mère ne souhaiterait lire l’histoire de son fils policier, tué dans l’exercice de ses fonctions à l’âge de trente-quatre ans []… ».

Traducteur de poètes français, poète lui-même, romancier, réalisateur, dans certaines de ces publications comme celle de Chronique d’hiver, Auster, l’artisan de l’écrit à tiroirs, conjugue sa narration à la seconde personne. Un mode inépuisable qui permet un regard distancié, des ouvrages dans lesquels il pose ses couleurs sur le genre autobiographique.Ce que les critiques anglais nommèrent le Self-biography au 18 ème siècle, devient une œuvre d’Art à sa mesure et il m’arrive souvent d’échanger autour du romancier du New-Jersey auprès d’auteurs dont j’ai facilité l’accès au travail biographique. Hors un titre sorti aux éditions Belin « Les ambiguïtés de la négation », comme toutes celles traduites en Français les œuvres de Paul Auster sont publiées aux éditions [2]Actes Sud.

À noter : les librairies d’éditeurs sont le propre de ces lieux rêvés pour une prise de contact initiale si l’on ne peut rencontrer un narrateur à domicile un jour. Dans ces pages on trouvera les rayonnages de Flammarion, de Gallimard, d’Actes Sud donc et de beaucoup d’autres lieux du livre avec leurs adresses parisiennes ou dans les régions. Pour la même raison, les cafés littéraires, comme le plus vieux de la capitale Le Procope ou Le Flore, La Belle Hortense, Le Café des lettres au Centre National du Livre ou encore le Salon By Thé des écrivains par exemple, toujours à Paris, sont autant de charme à offrir pour une première rencontre. Si vous cherchez d’autres endroits à caractère pour vos rendez-vous d’auteur, je suis disposée à faire des recherches pour vous, j’étais familière de ce genre d’investigation autrefois

 

[1] « Brooklyn folies »

[2]Actes Sud : dans la vallée des Baux de Provence, au sein de cette belle maison fondée en 1969 par Hubert Nyssen et Jean-Philippe Gautier, en plus de la librairie qui se déploie en un fond de 40 000 titres et où sont reçus écrivains, acteurs pour lectures et débats, l’Association du Méjan convie des nuées d’artistes virtuoses lors des Matinées et Soirées musicales d’Arles. Savoir qu'Actes Sud a repris la gestion d’un cinéma Art et essai avec ses 3 salles de projection. La maison est en Arles, également sur La Canebière, aussi au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée toujours à Marseille. Ainsi qu’à Paris à la Librairie du Rond-Point des Champs Elysée, à la Grande Halle du Parc de la Villette ou à la Librairie Picard & Epona de la rue Bonaparte. Des lieux qui sont un réservoir inépuisable pour tout biographe cherchant à enrichir ses idées ou à prendre ses destinées en mains.

(Ces fragments de textes et Notes de Bas de Pages sont extraits et inspirés du « Guide des Biographes : les écrivains passeurs de mémoire aujourd’hui » signé par Constance de Béchillon et publié chez BoD Éditeur. Les principaux angles de vue de ce travail se font en regard de la société actuelle et de l’Histoire contemporaine. On se procure cet ouvrage à partir des liens ci-dessous) :

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